Retour sur l’Evaluation Nationale des Risques de la Tunisie (2025)
Retour sur l’Evaluation Nationale des Risques de la Tunisie (2025) : Enjeux et défis
L’Evaluation Nationale des Risques (ENR) constitue une pierre angulaire de tout dispositif national de lutte contre la criminalité financière. Son objectif est d’identifier, analyser et comprendre les risques spécifiques auxquels un pays est exposé en matière de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme (BA/FT). Cela permet également de déterminer les vulnérabilités et les menaces sectoriels mais aussi de mettre en lumière les nouvelles techniques et pratiques adoptées par les blanchisseurs et les crimes sous-jacents tendant à leurs activités criminelles.
L’utilité de cet exercice consiste à accompagner l’effort public et privé à mieux appréhender les risques afin de mieux les atténuer selon une approche par les risques. Cette approche permet une meilleure allocation des ressources et des contrôles aux secteurs, activités et produits les plus exposés.
L’effort collégial et complémentaire entre le public et le privé est un combat continu contre la criminalité financière :
- Le secteur public à travers la mise en place et l’application d’un corpus règlementaire adéquat (lois organiques, décrets, instructions sectorielles, ect). La supervision et le contrôle des assujettis, la coordination et la coopération interinstitutionnelle nationale et internationale et la mise en place de mécanisme de signalement et de sanctions.
- Le secteur privé à travers la mise en place de politiques, procédures et contrôles, l’instauration de fonctions de conformité ayant les moyens et l’indépendance nécessaires, des sessions de formations et de sensibilisation en faveur du personnel et de la gouvernance, des solutions informatiques permettant de filtrer, profiler et déclarer les opérations suspectes et une revue indépendante du dispositif de lutte contre le BA/FT adaptée à la taille, au volume et au secteur de l’entité.
La Tunisie a procédé à la mise à jour de son ENR en 2017 et a procédé à sa mise à jour en 2022. La dernière en date a été établie en 2025 et couvre la période allant de 2022 à 2024.
Elle intervient dans un contexte marqué par l’évolution des recommandations du Groupe d’Action Financière (GAFI) en 2025, l’émergence de nouveaux acteurs hautement exposés (établissements de paiement), de nouvelles données sur des phénomènes criminels (trafic de drogues), et l’évolution de certaines menaces déjà identifiées dans les ENR précédentes (trafic des migrants).
L’évaluation de 2025 conclut que le risque national de blanchiment d’argent est resté stable par rapport à 2022 avec un niveau « Moyen ». Ce niveau résulte d’un niveau de menaces « Moyennement Élevé » et un niveau de vulnérabilité « Moyennement Faible ».
Rappelons que le risque National de BA est passé de « Moyennement Elevé » en 2017 à « Moyen » en 2022 et est resté constant à « Moyen » en 2025. Le passage d’un niveau de vulnérabilités de « Moyen » à « Moyennement Faible » traduit un effort important réalisé depuis son inscription à la liste grise du GAFI en 2016 (Juridictions soumises à une surveillance renforcée) et sa sortie en 2019.
Cette évaluation a permis de dresser les principales forces et faiblesses du dispositif national de lutte contre le BA. Parmi les forces nous distinguons un cadre législatif en largement conforme aux standards internationaux et un fort engagement politique pour la lutte contre le BA incluant une stratégie nationale déclinée sectoriellement.
Les faiblesses nationales ont été scindées en 2 catégories. La première catégorie concerne les faiblesses liées au secteur financier (premier secteur exposé en termes de menaces). Le rapport évoque des faiblesses liées aux mesures de vigilance vigilance pour les transferts internationaux, les opérations en espèces (versement, retrait et change manuel de BBE), les mandats postaux, etc.
Les faiblesses liées au secteur non financier concernent principalement les textes d’application du corpus règlementaire et la faible application de cadre règlementaire, une supervision limitée et qui manque de moyens et de ressources allouées et une faible activité déclarative des opérations suspectes pour les EPNFD.
Les risques sectoriels recensés par l’ENR en matière de BA varient entre « Faible » à « Elevé ». L’exposition la plus importante concerne les secteurs liés à « l’or et aux métaux précieux » et aux « avocats » qui ont un risque « Elevé » suivie par les « Banques », « Comptables » et « Experts Comptables » qui ont un risque « Moyennement Elevé ».
Les « Assurances » et les « IMF » se caractérisent par un risque « Moyennement Faible » et les « Clubs de pari » disposent d’un risque « Faible ».
Dans ce rapport, les crimes sous-jacents aux BA ont été classées par ordre d’importance. Ce classement fait ressortir le « Trafic de stupéfiants et de substances psychotropes » et le « Trafic illicite de migrants » comme les principaux crimes sous-jacents du BA. Ils sont suivis par les crimes de « Corruption » et de « Contrebande ». La « Fraude et contrefaçon » et la « Cybercriminalité » sont classées 5ème et 6ème du classement.
Le risque national de financement du terrorisme est évalué à un niveau « Moyennement faible ». Ce niveau est la conséquence d’un niveau de menaces et de vulnérabilités évalué à un niveau « Moyennement faible ».
Sur la période allant de 2017 à 2025, le risque National de FT est passé d’un niveau « Elevé » en 2017 à niveau « Moyennement Elevé » en 2022 puis à niveau « Moyennement Faible » en 2025.
Parmi les forces et les faiblesses citées dans le rapport de l’ENR en lien avec le Financement du terrorisme nous distinguons :
Forces
- La réduction des menaces terroristes locales grâce à un travail continu et proactif de renseignement et de démantèlement des cellules terroristes ;
- Les opérations terroristes limitées et souvent isolées surtout à partir de l’année 2022 ;
- Allocation de ressources humaines, financières et logistiques pour lutter contre le terrorisme ;
- Un niveau élevé de préparation des autorités aux risques terroristes notamment en lien avec l’immigration clandestine ou les pays limitrophes.
Faiblesses
- Un secteur informel important et peu contrôlé pouvant faciliter le transfert de fonds notamment à travers les zones frontalières ;
- Une économie caractérisée par une forte utilisation des espèces ce qui rend la traçabilité de leurs origines difficilement reconnaissable.